S’abandonner à l'Amour !

Extrait de l'enseignement donné lors de la Soirée Raphaël du 02 avril 2017.

 

Christelle et Mickael nous ont dit, dans leur témoignage : « Nous nous en sommes remis à la volonté de Dieu ». C’est-à-dire : « Nous nous abandonnons en Dieu » … dans ses bras, dans son cœur …

 

L’abandon : serait-ce une nouvelle technique de « lâcher prise » à la sauce catho ?

 

Depuis quelques années, nous assistons à une inflation du discours du « lâcher prise », en psychologie, en hygiène de vie, dans le coaching …

 

Le « lâcher prise » actuel, à la sauce new-âge, est aux antipodes de l’abandon en Dieu décrit par l’Evangile et vécu par les saints et tant de frères et sœurs ici-bas.

 

Le « lâcher prise » moderne a la couleur de l’abandon, peut-être même la saveur de l’abandon … mais ce n’est pas l’abandon en Dieu !

 

C’est probablement davantage une démission !

 

Cette nouvelle mode nous dit : « Si le réel vous est trop pénible, niez-le ! Soyez cool, si vous avez des envies, surtout pas de refoulement, laissez-vous « dériver » … « Dériver », c’est le cas de le dire !

 

La seule chose importante, c’est que vous soyez bien en vous-mêmes !

 

Attention à ce que « l’épanouissement » du moi ne vous conduise pas à « l’évanouissement » du « Je » !

 

Dans le « moi », je reste « auto-centré », « auto-suffisant ». Me faire le « centre » : c’est la mort (Gn 3) ! Alors que le « Je » m’invite à un « Tu », à me tourner vers l’autre, vers Dieu ; Lui qui est plus intime à moi-même que moi-même (1).

 

Notre bonheur, notre guérison … tout nous invite à ce mouvement d’abandon essentiel en Jésus-Christ, sans lequel il n’y a pas de vie ; à la fois humaine et spirituelle.

 

Dieu désire vraiment entretenir avec chacun d’entre nous une relation « d’abandon amoureux » …

 

Dieu, qui « n’est qu’Amour et miséricorde » (2), ne cesse de vouloir créer avec chacun d’entre nous une relation filiale.

 

C’est Jésus lui-même qui nous dévoile le vrai visage de Dieu, en nous disant : « Vous donc, priez ainsi : Notre Père …(3) ».

 

Par l’abandon, l’enfant que nous devons être devant cet admirable Père des Miséricordes qu’est Dieu, (l’enfant) entre dans une authentique béatitude : celle des « mains vides » (4), celle des « pauvres de cœur » (5).

 

La porte qui conduit à la guérison, à la Vie, n’est pas à forcer, à gagner par je ne sais quels mérites préalables, mais la guérison, le salut sont une grâce, un don immérité qu’il nous faut accueillir avec la même confiance et dans la même dépendance d’amour qu’un enfant reçoit de ses parents tout ce qui lui est nécessaire pour vivre :

 

« En vérité, je vous le dis, si vous ne changez pas pour devenir comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu » (6).

 

Le salut est une grâce, disais-je, et la grâce à « coûté cher » (7).

 

L’abandon ne peut se passer du combat spirituel !

 

Car l’abandon n’est pas démission ! Il nous faut alors demander à l’Esprit-Saint les dons de Sagesse et de force (8) !

 

Ce combat consiste à nous laisser vaincre dans notre présomption à nous sauver par nous-mêmes, à obtenir de force – en quelque sorte – une guérison qui me serait dû !

 

S’abandonner, c’est s’abandonner à un autre, et pour nous, disciples du Christ Sauveur, c’est s’abandonner, non pas à celui qui est le « Tout-Autre » des philosophes, mais s’abandonner à Celui qui est le « Tout-proche » dont nous parle le Saint Evangile !

 

S’abandonner, c’est offrir notre liberté à Celui qui en est la source et qui va la guérir des blessures du mal et du péché.

 

Car Dieu n’écrase pas notre liberté, il n’est pas non plus concurrent de notre liberté !

 

La grâce à demander est celle de retrouver la juste articulation entre le faire et le laisser-faire, entre le combat et l’abandon.

 

- Le « faire » : car Dieu ne nous guérit pas sans nous, ne nous sauve pas sans nous ; là est notre dignité. Nous ne sommes pas des marionnettes dans les mains d’un dieu manipulateur.

 

- Le « laisser faire » : car c’est le Dieu de compassion et de tendresse qui est source de Vie. A Moïse qui, dans l’épisode du Buisson Ardent, demandais à Dieu comment le présenter aux Israélites, Dieu lui répondit : « Tu leur diras : Je SUIS, m’a envoyé vers vous » (9) !

 

- Le « combat » : St Paul nous en expose les armes en Eph 6, 10-20.

 

- L’abandon : le Seigneur Jésus lui-même nous montre cette voie à Gethsémani : « Abba (Père) ! Tout t’est possible ; éloigne de moi cette coupe ; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux » (10). et la guérison, le pardon, le salut sont arrivés pour notre VIE !

 

Plus on est pauvre et sans force, plus on est disponibles aux opérations de l’Amour. Car Dieu ne saurait nous laisser seul à l’heure de la maladie, du handicap, de la souffrance ; à l’heure du danger !

 

En l’Esprit-Saint, Dieu est LE Consolateur (11).

 

Ô Marie Consolatrice, venez à notre secours dans nos tribulations et conduisez-nous à Jésus..

 

 

P. Alain-Marie RATTI.

 

[1] Cf. : St Augustin. Confessions, X, 27, 38-29, 4

[2] Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face.

[3] Mt 6, 9.

[4] Ste Thérèse de Lisieux, Lettre 218.

[5] Lc 6, 20.

[6] Mt 18, 3.

[7] Cf. « Le prix de la grâce » du Pasteur Dietrich Bonhoeffer.

[8] Is 11, 2.

[9] Ex 3, 14.

[10] Mc 14, 36.

[11] Jn 16.