La Bible et les images (1)

Beaucoup de musulmans et d’évangélistes accusent les catholiques d’idolâtrie, car ceux-ci ont des statues ou des images dans leurs églises.

On invoque le fameux verset du livre de l’Exode : « Tu ne te feras pas d’image taillée, ni aucune représentation de ce qui est au ciel, ni de ce qui est en bas sur la terre, ni de ce qui est dans l’eau sous la terre. » ( Ex.20, 4)

Pour les amateurs de recettes simples, c’est clair : il est interdit de faire des représentations quelles qu’elles soient. Point final ! Celui fait une image ou qui la vénère est forcément un idolâtre.

Seulement quand on lit la Bible, il faut lire TOUTE LA BIBLE.

Or, quelques chapitres après ce fameux verset, voilà que Moïse fait faire des statues !!! Et il le fait sur ordre de Dieu, et il nous est précisé que le fabricant de statues reçoit le Saint Esprit de Dieu : il s’agit de Betsaléel, fils d’Ouri ( Ex 34, 30) ! Dieu donne l’ordre de broder et de sculpter des anges, des chérubins et de les placer dans le Saint des Saints.

« On mit un voile de lin bleu, pourpre et cramoisi et on y représenta les chérubins. » ( Ex.36,35 )
« Betsaleel fabriqua deux chérubins en or : il les fabriqua avec de l’or battu aux deux extrémités du propitiatoire. » ( Ex.37,7 )

Ainsi, « Betsaléel fit tout ce que Dieu avait ordonné à Moïse. » ( Ex.38,22)

Pire encore, dans le Livre des Nombres, Dieu ordonne à Moïse de faire une représentation en bronze du serpent, pourtant symbole du démon.

« L’Eternel dit à Moïse : « Fabrique-toi un serpent brûlant et place-le sur un poteau : tout homme qui aura été mordu et qui le regardera sauvera sa vie. » Moïse fabriqua un serpent en bronze et le plaça sur un poteau. Tout homme qui avait été mordu par un serpent et qui regardait ce serpent de bronze conservait la vie. » ( Nb 21, 8-9 )

Que conclure ?

Dieu Se contredirait-Il ? Moïse serait-il un idolâtre ? Dieu lui aurait-Il donné l’ordre de commettre un sacrilège ? Si l’on appliquait le principe coranique de l’abrogeant/abrogé, il faudrait dit que les chapitres 35 à 38 ont abrogé le chapitre 22, et donc que l’interdiction des statues n’est plus valable.

En fait, c’est beaucoup plus simple si l’on prend la peine de tout lire.

L’interdiction des statues de Ex.20,4 suit immédiatement le commandement : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant Ma face. » ( Ex.20,3 ). Dans ce contexte, on comprend que l’interdiction ne porte pas sur la représentation en tant que tel, mais une représentation POUR EN FAIRE UNE IDOLE.

Dans les chapitres 34 à 38 du même livre de la Tora, il ne s’agit plus de faire des idoles, mais de valoriser la Tente de Dieu et l’Arche de Dieu.

C’est ce que font les catholiques dans leurs églises : tout comme les statues de chérubins pour Moïse, les statues de saints ne remplacent pas Dieu mais valorisent Sa présence bienfaisante auprès de Son peuple et, comme les chérubins, les saints en sont les témoins.

L’essentiel est de voir DANS QUEL ESPRIT on fait une représentation. Il faut d’ailleurs se méfier : l’écriture est aussi une représentation, même si elle est plus intellectuelle. Elle peut aussi se prêter à l’idolâtrie. Et certaines pratiques magiques se sont développées en utilisant une Bible ou un muschaf du Coran, notamment en Afrique. Et je ne suis pas sûr que l’art de la calligraphie qui s’est tellement développé dans les pays musulmans ne soit pas dénué d’ambiguités dans certains cas.

Les chrétiens ont une autre raison de faire des images.

Dès les premiers temps, c’était une manière pour eux d’affirmer leur foi en l’Incarnation : en Christ, Dieu S’est fait visible. Ils se sont appuyés notamment sur deux versets du Nouveau Testament :
- « Le Christ est l’IMAGE du Dieu invisible. » ( Colossiens 1,18 )
- « Ce que nous avons VU DE NOS YEUX, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé, ce que NOS MAINS ONT TOUCHÉ, c’est le VERBE DE VIE. » ( 1 Jn 1,1 )

Cette question des images a été débattue et résolue au 6-7ème siècle, au temps où le premier islam se développait.

Les musulmans ont refusé l’Incarnation du Fils de Dieu et logiquement, ils ont refusé les images.
Les chrétiens reconnaissent Jésus comme Fils de Dieu, et logiquement, ils ont vénéré les images pour se rappeler que le Christ est « image du Dieu invisible » ( Col.1,18 ), et que les saints représentent cette grâce par laquelle « le visage dévoilé, nous reflétons la gloire du Seigneur. » ( 2Co.3,18 )

Père Philippe de KERGORLAY

(Délégué diocésain pour les relations avec l'Islam - Diocèse de Meaux)